Mais, les déguisements restent.
Une fille pas comme les autres. Une fille chargée de pensées, qu'elle cède à la ponctuation. Une fille qui réfléchit, plus qu'elle ne répond. Une fille très évasive, et pourtant.
Quelqu'un qui au bout du compte ne parle pas tellement. Une fille debout sur sa mezzanine, qui ne regarde pas, en bas, au fond. Une fille qui voit loin, pour ne pas retomber. Une fille qui a du cran, une fille entêtée. Une fille dérangeante. Très.
Elle ne pose pas de questions. Elle lit entre les lignes. Et même, entre les gens. Elle sait, et voilà tout. Même parfois plus.
Et puis, de temps en temps, une poussée de mots. Ils cognent dans sa gorge, et tirent vers le haut. Parfois elle les étouffe. Parfois elle les renie. Parfois elle voudrait ne plus savoir parler, ne plus savoir comprendre.
Parfois, elle les laisse sortir. Et alors, ils se jettent, aux quatre coins des lignes, aux quatre coins des autres.
A-t-elle idée de leur portée?
Je n'en sais rien.
Elle a cette façon d'être, et ce regard profond, qu'on ne peut soutenir bien longtemps. Regard chargé de mots, de maux, et de lasers. Vous devenez pour elle un simple livre ouvert.
Elle n'a pas peur de mettre le doigt sur ce qui bout. Elle sait jouer franc-jeu, mais pas sur tous les fronts.
Peut-être qu'elle n'est pas si forte qu'on le croit. Peut-être qu'elle est quand même une petite fille, au fond.
L'Ecriture la convoite, lui implore du temps, une main et des idées, qu'elle ne lui cède pas; c'est une fille infidèle, mais combien d'autres amants...
Elle joue de la musique, des plus beaux instruments; elle sait bâtir des murs, embellir une maison; elle vise les sommets, ceux de l'adversité, ceux que l'on n'aime pas vraiment prononcer. La politique, le droit, le commerce. Des mots qui sonnent mal, des mondes qui l'attirent. Elle n'a pas froid aux yeux, rien ne la fait rougir.
Elle est celle qui ne cède pas. Celle qui défend toujours la voix qui n'est pas là. Celle qui remet en question. Celle qui remue les eaux stagnantes, qui brouille la décantation. Celle qui force le ménage de printemps, dans les têtes trop paresseuses.
Elle est cette fille que rien ne semble arrêter. Cette fille que j'admire, mais à qui je ne sais pas le dire. Cette fille que je voudrais aussi déstabiliser. Cette fille qui ne donne pas le double de ses clés. Cette fille bourrée de talents, mais qui ne trompe pas, dans ses silences.
Elle est souvent pensive, les yeux dans le vague. Elle est ce bouquet de fleurs somptueux, mais aussi la table terne qu'il éclaire. Elle est un tout, même si elle refuse d'être les deux à la fois. Les fleurs sont belles parce que le fond est sombre et triste. Mais la table attendrit, prend des allures rustiques et pittoresques, parce que les fleurs sont colorées et flamboyantes.
Elle est une toile fendue, une toile déchirée.
C'est une fille qui m'intrigue. Une fille qui m'impressionne. Une fille que je crois cerner, mais qui m'étonne toujours. Une capricieuse qui ne rentre dans aucun moule. Une fille qui s'est bien foutue de moi, mais qui a eu raison.



Oh, pas grand chose, pas grand monde, pas grand.. pas très grand non.
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